Muraenidae Tentare

Photo mise en scène par l'artiste photographe Gildas PARÉ, d'une oeuvre collaborative Cadavre exquis de Frédéric Naud et Jean-Philippe Jacq
© photo: Gildas PARÉ

Sur la roche dure et compacte formée au cours des derniers millions d’années après notre disparition, un être curieux trône sur son promontoire. Posté sur ses longues pattes articulées au sommet des affleurements carbonés, il occupe l’espace aérien avec une précision que l’évolution a mis des millions d’années à parfaire.

Ses trois tentacules, déployées en permanence dans le flux atmosphérique, détectent les variations de pression causées par le passage de ses proies — organismes flottants, formes ailées, particules organiques en suspension. Au moindre contact, elles se referment et ramènent la proie vers la bouche centrale, large et patiente, qui ingère également ce que les courants d’air charrient en continu.

Ses pattes ne lui servent pas à courir. Elles lui servent à se hisser vers les courants porteurs, à choisir son poste, à attendre. Ce prédateur ne poursuit rien. Il se place là où tout finit par passer.

Adapté aux grands espaces ouverts, il mène une vie solitaire et nomade — sauf lors des périodes de reproduction. On l’observe souvent à la jonction entre le minéral et l’air libre, là où la roche carbonée s’efface et où le vivant flottant commence. Ce qui frappe l’observateur, c’est l’absence totale d’urgence. Cet organisme a compris quelque chose que la plupart des prédateurs ignorent : il vaut mieux être au bon endroit qu’être rapide.oduction.


Oeuvre du projet « Arctus Phusis », réalisé en Cadavre Exquis avec Jean-Philippe JACQ

Année
2023
Technique
Céramique / Techniques mixtes