L’art hors les murs

Art Urbain < 2020 – aujourd’hui >

Out of the White Cube

Des sculptures déposées dans les interstices de la ville. Chaque point localise un endroit où le vivant fait quelque chose d’inattendu, sans notre autorisation, sans notre regard. Explorez la carte. Allez voir.

sites documentés

La ville comme territoire vivant

Il n’y a plus de nature vierge. La forêt, la campagne, le rural, la ville, ce sont tous des biotopes architecturés par l’humain à des degrés différents. Dans chacun, le vivant s’implante, se transforme, s’adapte sans notre autorisation. Opposer la ville à la forêt, c’est déjà hiérarchiser des espaces de nature avant même d’avoir regardé ce qui s’y passe.

À Nantes, Laurent Godet (CNRS, Nantes Université) observe les oiseaux qui modifient leur chant selon l’éclairage public. Audrey Muratet documente une flore urbanophile qui colonise les friches. La Pipistrelle commune chasse les insectes attirés par les lampadaires, transformant la ville en terrain de chasse. La ville que l’on présente comme un désastre écologique devient, dans ses angles morts, le théâtre de formes de résilience que la science commence seulement à documenter.

Out of the White Cube part de ce constat. Chaque sculpture déposée dans les interstices urbains signale un endroit où ce vivant invisible fait quelque chose d’inattendu, sans notre autorisation, à l’écart des regards.

Regarder autrement est un acte nécessaire

Le discours de l’urgence écologique, légitime, oriente le regard avant l’observation. Il rend difficile d’autres manières de voir le vivant et nous-mêmes. Paul Feyerabend défendait qu’aucune méthode unique ne monopolise la connaissance du réel. Bruno Latour montrait comment les faits scientifiques sont construits dans des contextes humains et sociaux. Baptiste Morizot, philosophe du vivant, écrit qu’on ne régénère pas le vivant, on réveille ses puissances autonomes de régénération.

Avant d’être sculpteur, j’ai été technicien de laboratoire à l’IFREMER. J’ai observé de l’intérieur comment la connaissance se construit, et ce qu’elle ne peut pas dire seule. La ville est aussi un territoire vivant en cours de transformation, que regarder autrement est un acte nécessaire pour nous relier au vivant dont nous ne sommes jamais sortis.

Out of the White Cube est cette proposition. Non pas pour contredire la science — pour incarner ce qu’elle laisse dans l’ombre.

Une carte née du confinement

2020. La sortie du confinement ressemble à une réémergence. Sortir dans les rues, voir le monde, pas comme avant, mais autrement.

Les yeux décalibrés par des semaines d’intérieur, le regard accroche ce qu’il ne voyait plus : une fissure dans le béton colonisée de mousse, une berge délaissée redevenue forêt, un mur que la végétation a commencé à démonter, pierre par pierre, en silence.

C’est dans ce contexte que naît Out of the White Cube. Pas comme un projet planifié, mais comme une nécessité. Descendre dans la ville avec des sculptures. Les déposer là où la nature résiliente s’est déjà emparée de l’espace, sans demander la permission. Chaque dépôt devient un signal, une balise physique sur un territoire vivant que personne ne regarde.

La carte qui accompagne ce projet n’est pas un outil de navigation. C’est une empreinte numérique évolutive sur le territoire. La mémoire ouverte d’une démarche qui s’étoffera au fil des interventions futures, à Nantes, à Paris, et au-delà. Chaque point documenté porte ses photographies, son texte, ses coordonnées. Un corpus géolocalisé du vivant en transformation, accessible à tous, à hauteur de regard.

Le confinement a montré que le vivant n’attend pas. Cette carte en est son reflet.

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